Vulnérabilités et iniquités : les défis des professionnels qui soutiennent les femmes immigrantes et réfugiées victimes de violence basée sur le genre au Canada
Référence : Holtmann, C., Tastsoglou, E., & Sisic, M. (2026). Vulnerabilities and Inequities: Challenges Experienced by Professionals Engaged with Migrant and Refugee Survivors of Gender-Based Violence in Canada. Social Sciences, 15(5), 280. https://doi.org/10.3390/socsci15050280
Résumé général
Cet article examine comment les inégalités systémiques affectent les organisations et les individus qui fournissent des services aux femmes immigrantes et réfugiées (FIR) victimes de violence basée sur le genre (VBG) au Canada, et comment la marginalisation structurelle des services anti-VBG et des services d'établissement contribue à la vulnérabilité de ces femmes.
Méthodologie
L'étude s'inscrit dans un programme de recherche canadien associé au projet international Violence Against Women Migrants and Refugees: Analyzing Causes and Effective Policy Response. Des entretiens semi-structurés ont été menés auprès de 43 professionnels en anglais et en français.
Quels sont les défis auxquels font face les organisations ?
- En raison de la stigmatisation perçue et des nombreuses barrières structurelles qui rendent la recherche d'aide difficile, les femmes immigrantes (25,2 %) sont moins susceptibles de signaler des expériences de VBG que les femmes non immigrantes (41,2 %).
- Malgré les discours politiques, la VBG n'est pas une priorité en matière d'allocation des ressources. Le financement gouvernemental précaire et inadéquat est le principal obstacle identifié par les organismes qui soutiennent les FIR victimes de VBG.
- Les faibles salaires combinés à une forte demande de services créent des environnements de travail stressants, menant à l'épuisement professionnel des travailleurs de première ligne.
- Les politiques d'immigration, les facteurs de stress spécifiques au processus pré et post-migratoire et les traumatismes complexes auxquels font face les immigrants et réfugiés sont souvent mal compris par certains fournisseurs de services anti-VBG, ce qui aggrave la vulnérabilité des FIR survivantes.
- Certains fournisseurs de services manquent de formation en soins culturellement adaptés, notamment en ce qui concerne la honte, la religion, la culpabilité et les composantes culturelles qui peuvent sous-tendre certains comportements. Cependant, la formation en compétence culturelle seule est insuffisante, voire problématique, si elle n'est pas accompagnée d'humilité culturelle. Sans cette humilité, elle peut contribuer à renforcer les stéréotypes raciaux et religieux.
- Il existe un décalage important entre comprendre la pratique tenant compte des traumatismes et la mettre en œuvre concrètement.
Ce que nous pouvons en apprendre : comment mieux travailler avec cette population ?
- La collaboration intersectorielle est essentielle : la collaboration entre les fournisseurs de services publics, les organismes d'établissement, les services anti-VBG et les communautés culturelles est indispensable pour mieux répondre aux besoins des FIR survivantes.
- Investir dans la formation : bien que sous-financées, les organisations devraient prioriser la formation pour reconnaître et répondre aux traumatismes pré- et post-migratoires. Il existe de nombreuses formations gratuites disponibles — notamment les nôtres — qui peuvent être intégrées à l'accueil ou à la formation continue des travailleurs de première ligne.
- Prioriser l'humilité culturelle : au-delà de la compétence culturelle, il faut s'engager dans une réflexivité personnelle et une volonté d'apprendre des femmes elles-mêmes, afin d'éviter de reproduire des stéréotypes.
- Passer de la théorie à la pratique : la pratique tenant compte des traumatismes doit aller au-delà des connaissances théoriques. Des formations concrètes et accessibles sont nécessaires pour que les fournisseurs de services puissent réellement reconnaître et répondre aux traumatismes complexes.
- Prendre soin de soi : le traumatisme vicariant et le stress sont très courants pour ceux qui travaillent dans ces organisations. Il est essentiel de créer des limites claires entre le travail et la vie personnelle. Les leaders d'organisations devraient également promouvoir des environnements de travail sains qui soutiennent le bien-être mental de tous les employés.
Pour aller plus loin, consultez l'article d'Oasis Centre Femmes dans cette infolettre, qui offre des repères concrets pour repérer, écouter et référer les femmes qui vivent des situations de violence.