Écrit par Oasis Centre des Femmes
Les violences faites aux femmes peuvent toucher des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous parcours. Pour les professionnel·les qui les accompagnent dans différents contextes, établissement, services sociaux, santé, emploi, logement ou vie communautaire, certains échanges peuvent permettre de repérer des signes de violence, de contrôle ou d’isolement.
Une situation rencontrée dans le cadre d’un accompagnement peut progressivement laisser entrevoir une réalité plus préoccupante. Une femme francophone récemment arrivée en Ontario peut consulter pour obtenir de l’aide dans ses démarches d’installation. Au fil de l’échange, elle peut expliquer que son conjoint contrôle les finances du ménage, qu’elle n’a pas accès à ses documents d’immigration et qu’elle doit demander la permission avant de sortir seule.
Lorsqu’on l’interroge sur sa situation, elle peut avoir de la difficulté à mettre des mots sur ce qu’elle vit ou à l’identifier comme de la violence. Elle peut dire que “tout va bien” ou considérer certaines situations comme faisant partie de ce qu’elle a toujours connu.
Cette situation illustre une réalité importante : la violence basée sur le genre n’est pas toujours visible, et les femmes ne sont pas toujours en mesure de l’identifier ou de la nommer comme telle.
1. Des réalités pouvant rendre l’accès au soutien plus difficile
Certaines femmes, notamment les femmes immigrantes et nouvellement arrivées, peuvent faire face à des obstacles particuliers qui rendent plus difficile la reconnaissance de la violence ou la recherche d’aide. Parmi ceux-ci :
- des barrières linguistiques;
- un isolement social ou familial;
- une dépendance financière envers un partenaire;
- une méconnaissance de leurs droits ou des ressources disponibles;
- un statut d’immigration précaire ou la peur de compromettre leur situation;
Ces réalités ne sont pas, en elles-mêmes, des signes de violence. Elles peuvent toutefois créer des conditions qui rendent plus difficile la recherche de soutien, particulièrement lorsqu’elles se combinent à des comportements de contrôle ou de violence.
Il est également important de rappeler que ces facteurs ne concernent pas uniquement les nouvelles arrivantes. Chaque femme peut rencontrer des obstacles qui rendent plus difficile le dévoilement d’une situation de violence ou l’accès aux ressources.
2. La violence ne laisse pas toujours de traces visibles
La violence basée sur le genre peut prendre de nombreuses formes : physique, psychologique, sexuelle, économique, administrative ou coercitive. Le contrôle des finances, des documents, des déplacements ou des communications peut notamment constituer une forme de violence.
Certains signes peuvent attirer l’attention des professionnel·les :
- le partenaire répond systématiquement à la place de la femme ou refuse qu’elle soit rencontrée seule;
- elle semble anxieuse, craintive ou particulièrement vigilante;
- elle n’a pas accès à son argent, à son téléphone ou à ses documents personnels;
- elle minimise ou justifie des comportements contrôlants;
- elle doit obtenir l’autorisation de son partenaire pour certaines activités;
- elle annule régulièrement des rendez-vous ou semble avoir peu de contrôle sur ses déplacements et son emploi du temps ;
- elle exprime une peur liée à son statut d’immigration, à ses enfants ou à sa sécurité;
- elle semble particulièrement isolée et ne dispose d’aucun réseau de soutien.
Ces signes doivent toujours être considérés dans leur contexte. Aucun élément, pris isolément, ne permet de conclure à une situation de violence. L’objectif n’est pas de poser un diagnostic, mais de rester attentif·ve à ce que la personne exprime et de pouvoir lui offrir un espace sécuritaire si elle souhaite en parler.
Favoriser un espace sécuritaire et bienveillant
Lorsqu’un doute apparaît, le premier réflexe ne devrait pas être de chercher à obtenir toutes les réponses, mais de créer un espace sécuritaire où la femme peut parler si elle le souhaite.
Lorsque cela est possible et sécuritaire, une rencontre individuelle peut permettre de faciliter la parole. Des questions ouvertes, un langage simple et une attitude sans jugement peuvent également faire une différence.
Il est important de croire la personne, de reconnaître ce qu’elle vit et de respecter son rythme. Respecter son rythme ne signifie pas rester passif : cela signifie lui permettre de conserver son pouvoir de décision.
Référer, sans imposer
Une référence peut être bien plus qu’une simple transmission de coordonnées. Elle peut constituer une première étape vers un accompagnement, tout en laissant à la femme le temps et l’espace nécessaires pour décider de la suite.
Présenter les ressources disponibles, expliquer simplement les services offerts et vérifier ce qui pourrait répondre à ses besoins permet de lui redonner du pouvoir sur ses choix. Si elle le souhaite, il est également possible de lui proposer de communiquer avec l’organisme ensemble, de l’aider à faire le premier contact ou simplement de lui remettre les coordonnées afin qu’elle puisse y avoir recours au moment qui lui conviendra.
L’essentiel est de ne pas décider à sa place, mais de lui permettre de connaître les possibilités qui s’offrent à elle. Même lorsqu’elle n’est pas prête à entreprendre des démarches, savoir qu’une ressource existe et qu’elle pourra y revenir lorsqu’elle se sentira prête peut déjà faire une différence.
Des ressources francophones pour accompagner les femmes
Pour les femmes francophones victimes ou à risque de violence, Fem’aide constitue une ressource provinciale de première ligne. Accessible partout en Ontario, Fem’aide offre du soutien confidentiel, de l’écoute, de l’information et de l’orientation vers les ressources appropriées, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Fem’aide
- Téléphone et texto : 1-877-336-2433
- Clavardage : femaide.ca
Dans le Grand Toronto, Oasis Centre des femmes offre également, gratuitement et en toute confidentialité, un accompagnement adapté aux besoins des femmes, notamment de l’intervention individuelle, du soutien aux femmes vivant des situations de violence, de l’accompagnement en matière de logement et de transition, de l’information sur les droits ainsi que des références vers des ressources juridiques, psychosociales et communautaires.
Oasis Centre des femmes
- 416-591-6565
- services@oasisfemmes.org
- oasisfemmes.org/nous-contacter
Une interaction qui semble ordinaire peut parfois devenir le premier point de contact vers un soutien, davantage de sécurité et une plus grande autonomie. En créant des espaces où les femmes peuvent parler librement et en connaissant les ressources vers lesquelles les orienter, chaque professionnel·le peut contribuer à briser l’isolement et à faciliter l’accès à l’aide.
